Cabinet de Psychothérapie
Ondine Khayat

Comment lutter contre le syndrome d'imposture ?


Qu’est-ce que la réussite pour vous et comment appréhendez-vous l’échec ? Nous allons voir que ce qui peut être considéré comme une réussite est parfois difficile à assumer. Comment lutter contre le sentiment d’imposture ?

Qu'est-ce que le syndrome d'imposture ?

La psychologue américaine Pauline Rose-Clance a défini dans les années 1970 ce qu’elle a appelé le « syndrome de l’imposteur ». Elle a ensuite précisé qu’il ne s’agissait pas d’un symptôme, mais plutôt d’une expérience faite par certaines personnes qui se sentent illégitimes, quels que soient les résultats qu’elles obtiennent. Il s’agit d’un mécanisme psychologique qui ne leur permet pas de se nourrir de leurs succès. Ces personnes ont le sentiment de tromper les autres au sujet de leurs compétences et ressentent une grande angoisse à l’idée d’être démasquées un jour. Elles ont beaucoup de difficultés à s’attribuer les mérites de leur réussite, qu’elles lient à des facteurs totalement indépendants d’elles. Elles n’éprouvent jamais de satisfaction et n’ont pas le sentiment du devoir accompli car ce qu’elles réussissent est sans cesse dévalué, minoré.

Lutter contre syndrome d'imposture

Certaines personnes vont énormément travailler jusqu’à l’échéance, sans prendre en compte leur fatigue. Une fois le travail effectué, elles vont lier leur réussite à la somme de travail abattu plutôt qu’à leurs compétences. D’autres mettent tout en place pour échouer et démontrer leur illégitimité. Vivre en ayant le sentiment constant d’être un imposteur génère beaucoup d’anxiété et peut provoquer de la dépression, une peur des autres, une impossibilité à s’exprimer en public, etc. C'est ce que je vous explique plus en détail dans mon livre Faites l'expérience de vous-même, paru aux éditions First.

L’exemple de Rachel

Imaginons une jeune femme de 27 ans, que nous appellerons Rachel. Ingénieure en biomécanique, elle a fait de brillantes études et travaille depuis cinq ans dans une société qui fabrique des dispositifs médicaux, des prothèses et des organes artificiels. Recrutée comme jeune ingénieure, ses compétences ont rapidement été remarquées. Encouragée par sa hiérarchie, elle a gravi plusieurs échelons. Ces promotions successives ont à chaque fois été pour elle une source d’angoisse, car elle est convaincue de ne pas les mériter. Pire, elle se dit que ses supérieurs vont finir par découvrir qu’elle ne vaut pas grand-chose et la licencier. Pour éviter cela, elle travaille sans cesse et tâche de faire bonne figure en toutes circonstances. 

Cette angoisse ne lui est pas inconnue. Elle l’a accompagnée durant toute sa scolarité. Rachel était une excellente élève, à la différence de son plus jeune frère, peu doué pour les études. Les attentes de son entourage étaient très fortes. Elle a toujours eu le sentiment de ne pas mériter ces félicitations, car, de son point de vue, elle n’a jamais rien fait d’exceptionnel. Elle travaillait et arrivait en tête du classement, sans pouvoir relier ces résultats à ses propres compétences. Tout ce qui lui arrive découle pour elle d’un concours de circonstances, de la chance, d’une intervention fortuite, d’un malentendu, du hasard, etc. Rachel n’a jamais eu confiance en elle. Malgré son parcours sans faute, elle ne s’est jamais sentie tranquille et apaisée. Elle pense ne pas mériter les louanges de son entourage.

Le manque d'estime de soi

La plupart des gens qui réussissent sont capables d’attribuer leur réussite à leur mérite personnel. Ils sont en mesure de faire le lien entre leur succès et leur savoir-faire. Ils sont conscients de leurs compétences, même s’il y a une part d’aléatoire qu’ils intègrent. Cette certitude leur permet d’avoir confiance en eux et de s’appuyer sur leurs capacités. Ils savent reconnaître leurs aptitudes, et l’expérience acquise les conforte en ce sens. Mais d’autres, comme Rachel, n’ont pas acquis ces certitudes. Ils banalisent leur réussite en considérant que tout le monde aurait pu faire ce qu’ils ont fait.

Ils minimisent leurs compétences, comme le fait Rachel, qui explique à ses amis que, certes, elle connaît bien le sujet des organes artificiels, mais qu’il y a des quantités de choses qu’elle ignore. Dans la mesure où elle ne sait pas tout faire, elle considère qu’elle ne sait rien faire ! La pression qu’elle se met rend impossible la satisfaction du travail accompli. Les personnes qui souffrent du syndrome d’imposture ne connaissent pas de répit et ne se sentent jamais satisfaites d’elles-mêmes, sécurisées par leur talent ou leurs compétences. Elles vivent dans un état de tension permanent, qui ne trouve pas d’apaisement.

La souffrance liée au syndrome d'imposture

Au cours de sa scolarité, Rachel était perçue comme une élève brillante. Ce rôle de la petite fille parfaite lui a été attribué d’office, au vu de ses résultats scolaires, et n’a jamais été discuté ou explicité. Elle devait l’endosser et continuer à être excellente. Mais la pression mise sur elle par cette considération sélective de ses parents a entravé sa liberté. Elle devait être cette petite fille parfaite sans recevoir aucun encouragement. Elle savait qu’elle serait jugée négativement dès lors qu’elle ne serait plus parfaite.

Rachel s’est vite rendu compte qu’elle devait jouer le rôle attribué par ses parents pour leur plaire. Loin de la rassurer, cela a augmenté son impression d’être dans une imposture. Il y avait beaucoup de pression sur ses épaules, car elle n’avait pas le droit d’échouer et de ne pas être brillante. Elle était contrainte de réussir tout en étant incapable de se voir comme une personne douée. La promotion proposée par son patron aurait comblé nombre de salariés, mais pour la jeune femme, c’est une énorme source d’angoisse. Incapable de reconnaître et d’apprécier ses talents à leur juste valeur, elle n’a pas conscience de posséder de nombreuses ressources. Elle ne peut donc pas être fière de cette proposition et se sentir valorisée.

Focus psy sur le syndrome d'imposture

Quand votre entourage se montre sélectif à propos des comportements que vous adoptez, vous vous rendez vite compte que, à certains moments, vous êtes accepté et que, à d’autres, vous ne l’êtes pas. Vous en venez peu à peu à adopter vis-à-vis de vous-même la même attitude sélective. La conséquence de cela est que vous apprenez à vous évaluer selon les critères d’autrui au lieu de vous évaluer selon vos propres critères et surtout selon votre ressenti. Vous faites vôtre l’échelle de valeur de votre entourage et vous vous éloignez de vous-même. Dans la mesure où vous ne vous en rendez pas compte, vous considérez que vos expériences sont conformes à votre ressenti et à ce que le psychologue Carl Rogers appelle « votre tendance actualisante », ce potentiel de croissance inné que je mentionne dans l’introduction. Mais vous répondez en réalité à un besoin qui n’est pas le vôtre. Difficile alors de se sentir réel et sincère. 

Se libérer du syndrome d'imposture

Il est essentiel pour les personnes qui souffrent de ce sentiment d'imposture, de pouvoir parler de ce qu’elles éprouvent. Lorsqu'elle viennent me consulter, nous écoutons ensemble leurs peines, mais aussi la voix qui les sabote. Elles peuvent, si elles le souhaitent, écrire ces dialogues intérieurs. Le fait que tout cela soit écrit leur permet de ressentir et de comprendre ce qui se passe en elles. Peu à peu, une voix plus juste et bienveillante se fait entendre et permet la réconciliation.

Voici un exemple d'exercices que nous faisons ensemble.

Affirmatif !

Cet exercice va vous aider à définir vos valeurs.

Vous aurez besoin de :

• un cahier,
• un stylo.

1) Faites la liste des valeurs inculquées par vos parents.

2) Dans cette liste, quelles sont celles auxquelles vous adhérez ?

3) Quelles sont celles qui ne vous correspondent pas ou plus ? Pourquoi ?

4) Quelles sont les valeurs que vous souhaitez acquérir et développer ?

5) Que pourriez-vous mettre en place pour rendre ces valeurs plus présentes dans votre vie ?

« Dans la vie, toutes les réussites sont des échecs qui ont raté. » Romain Gary


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