Cabinet de Psychothérapie
Ondine Khayat
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Comment sortir de la dépendance affective ?

Les relations amoureuses sont parfois source de peur et d'insécurité. Comment s'en libérer ?

L'exemple de Laetitia

Lætitia a 32 ans. Elle travaille dans la communication et vit depuis quatre ans avec Julien qui a trois ans de plus qu’elle. Leur relation s’est détériorée rapidement après qu’ils ont emménagé ensemble. Lætitia travaille beaucoup et Julien lui reproche ses absences. Il est devenu très cassant, et émet sans arrêt des jugements sur la jeune femme. Les parents de Lætitia ont divorcé quand elle avait six ans et se sont fait la guerre pendant des années. Elle n’a pas eu beaucoup de relations avec son père, qui a rapidement recréé une famille et n’a pas été présent pour elle. Il a eu une autre fille avec sa nouvelle femme et l’a beaucoup mise en avant au détriment de Lætitia, qui s’est toujours sentie rejetée. Elle entretient avec sa mère une relation fusionnelle. Très anxieuse, cette dernière est omniprésente dans la vie de sa fille qui lui demande son avis pour tout. 

dépendance affective

Quand elle était petite, sa mère faisait toujours les choses pour elle sans prendre le temps de lui apprendre à les faire par elle-même. Lætitia est malheureuse dans son couple car elle a des disputes incessantes avec son compagnon, mais ne peut pas le quitter. Elle se sent incapable de vivre seule et s’accroche à cette relation qui la fait souffrir. Le besoin d’amour qu’elle a est inassouvi. Après une violente dispute avec son compagnon, Lætitia décide de demander de l’aide pour comprendre ce qui l’empêche de mettre fin à cette relation qui ne lui convient pas.

Le choix de nos partenaires

Le choix de nos partenaires, à l’âge adulte, est très souvent conditionné par les expériences que nous avons vécues enfants. La façon dont nous nous comportons dans nos relations affectives dit beaucoup de notre degré de sécurité affective. Les liens amoureux réactivent très souvent des éléments de notre passé. Il peut nous arriver d’idéaliser l’autre, de nous caler sur ce que nous avons observé chez nos parents, de faire résolument le contraire de ce qu’ils ont fait, d’être dépendant, d’avoir peur de l’attachement, etc. Pour être pleinement en lien avec une autre personne, Lætitia a besoin, comme nous tous, de construire sa propre sécurité affective. Or elle n’a jamais pu le faire. Le contexte familial dans lequel elle a grandi ne lui a pas permis de se sentir en sécurité. Cette sécurité dépend des liens d’attachement que nous avons expérimentés avec notre entourage. L’attachement qui se met en place chez un enfant lui permet de se sentir proche de sa figure d’attachement (parent ou adulte référent) et de ressentir ce fameux sentiment de sécurité.

Le sentiment de sécurité

Cette sécurité dépend des liens d’attachement que nous avons expérimentés avec notre entourage. L’attachement qui se met en place chez un enfant lui permet de se sentir proche de sa figure d’attachement (parent ou adulte référent) et de ressentir ce fameux sentiment de sécurité. Lætitia se sent bête et inapte. Elle n’a pas appris à faire les choses seule et a toujours entendu sa mère la critiquer tout en étant très fusionnelle avec elle. Elle n’a pas eu d’espace à elle pour se construire et trouver ses propres repères. Les disputes permanentes entre ses parents ont créé un environnement insécurisant qu’elle revit aujourd’hui avec son compagnon. L’insécurité qu’elle vit au présent réactive l’insécurité vécue au cours de son enfance. L’abandon de son père, parti refaire sa vie sans prendre soin d’elle, a laissé un grand vide. Lætitia est dans la dépendance affective, elle cherche sans cesse à combler ce vide laissé en elle par l’absence paternelle. Elle s’est sentie « remplacée » par son père, qui donne de l’amour et de l’attention à la fille qu’il a eue avec sa nouvelle femme.

Livre psy

La théorie de John Bowlby

« L’attachement est un instinct conduisant tout au long de la vie à avoir besoin d’être écouté, entendu, compris et soutenu par une ou plusieurs personnes considérées comme proches33 », disait John Bowlby. Ce psychiatre et psychanalyste britannique a beaucoup travaillé sur les relations mère-enfant et s’est rendu célèbre par ses travaux sur l’attachement. Sa théorie de l’attachement explore ce qui fonde les relations entre les êtres humains. Bowlby explique que pour qu’un enfant se développe, il a besoin de construire une relation d’attachement avec au moins une personne (un caregiver) qui prenne soin de lui de manière régulière et cohérente. 

Lorsque le bébé vient au monde, il est vulnérable. Il a besoin de son entourage pour tout. Il est dans un état de totale dépendance. Les liens qu’il noue avec ses parents sont le point de départ de la construction de sa sécurité intérieure. S’il est nourri quand il a faim, cajolé, couché à des horaires réguliers, dans un climat calme, il fait l’expérience de façon quotidienne du fait que ses besoins sont régulièrement satisfaits. Il éprouve alors un sentiment de sécurité.

On peut se faire une idée de ce qu’est le sentiment de sécurité en regardant manger un bébé. La faim le tenaille, il hurle, puis tète avec avidité. À mesure qu’il est nourri, il se détend. Lorsqu’il est rassasié, il peut enfin s’apaiser et somnoler. Il fait l’expérience d’un besoin élémentaire comblé de façon régulière. La sécurité ressentie avec sa figure d’attachement devient pour l’enfant une ressource interne qui lui permet d’acquérir de la confiance et de forger son estime de lui-même.

Mais si ses besoins sont ignorés ou comblés de façon irrégulière et incohérente, il ne peut pas ressentir ce sentiment d’apaisement et de sécurité. Or, selon Bowlby, ce n’est que lorsque ses besoins d’attachement sont satisfaits que le jeune enfant peut s’éloigner en toute sécurité de sa figure d’attachement pour explorer le monde qui l’entoure.

La sécurité affective

Nombreux sont les adultes, hommes et femmes, qui, comme Lætitia, ne parviennent pas à ressentir suffisamment de sécurité affective. Or, cette sécurité est primordiale. Elle nous permet d’avoir un socle intérieur sur lequel nous appuyer et favorise la prise de conscience de nos ressources. Nous sentons que nous pouvons compter sur nous-mêmes. Être en lien avec une autre personne n’est pas simple, il convient de trouver la bonne distance. Une trop grande proximité peut faire craindre la dépendance, un trop grand éloignement favorise un sentiment d’insécurité.

La sécurité intérieure que Lætitia expérimente peu à peu au cours de sa thérapie, dans un lien régulier et sécurisant avec sa thérapeute, peut se comparer aux fondations d’une maison. Il est impossible de construire une maison sur un terrain mouvant et inondable. Il faut qu’il y ait une structure suffisamment solide pour pouvoir ensuite bâtir un édifice dans lequel il est possible de vivre.

C’est exactement la même chose pour les relations amoureuses. Si vous êtes blessé et que vous ressentez un vide intérieur lié à votre histoire personnelle, vous chercherez à le combler au travers des rencontres amoureuses. Mais ce vide est un puits sans fond et, quoi que vous recevrez, vous ne parviendrez pas à le combler. L’amour, ce « calcium » de la relation, ne se fixera pas.

Lætitia ne peut pas vivre une relation apaisée avec son compagnon actuel. Le vide qu’elle ressent l’a poussé vers un homme qui lui fait éprouver l’insécurité qu’elle éprouvait enfant. Sa blessure est sans cesse réactivée et ne peut donc pas se refermer.

dépendance affective

Les différentes formes d'attachement

Mary Ainsworth est une psychologue du développement qui, sur les traces de John Bowlby, a joué un rôle important dans la théorie de l’attachement. Elle a défini plusieurs types d’attachement, qu’elle a classés en trois catégories :

• l’attachement « sécure »,

• l’attachement « insécure anxieux »,

• l’attachement « insécure évitant ».

Qu’est-ce qui fait la différence entre un lien « sécure » et un lien « insécure » ?

Dans l’attachement sécure, l’adulte référent répond de manière adéquate aux besoins de l’enfant. Celui-ci n’a pas d’effort particulier à faire pour être entendu. Il reçoit de l’affection et des attentions. Sa figure d’attachement représente pour lui un socle de sécurité. Il recherche sa proximité si elle s’éloigne et se sent rassuré par sa présence lorsqu’elle est de retour. L’enfant sécure peut dès lors affronter le monde extérieur et développer ses capacités.

Dans l’attachement insécure, la réponse de l’entourage est soit inadaptée à ses besoins, soit incohérente. L’enfant se voit donc contraint de mettre en place des stratégies d’adaptation et ne parvient pas à se sentir en sécurité.

Dans l’attachement insécure anxieux, l’adulte référent répond de manière incohérente et irrégulière aux besoins de l’enfant, qui ne peut pas ressentir de sécurité. Il exprime un grand stress lors des séparations et cherche à attirer l’attention de sa figure d’attachement. Il quête son amour et ne peut pas se sentir rassuré.

Dans l’attachement insécure évitant, l’adulte référent répond peu ou pas du tout aux demandes de l’enfant, qui n’est pas pris en compte. L’échange affectif est réduit au minimum. L’enfant n’exprime pas de signes de détresse lorsque sa figure d’attachement s’éloigne et pas de signes d’apaisement lorsqu’elle est de retour car il lie l’attachement à la menace.

Au cours du travail thérapeutique, la régularité et la sécurité offertes par le thérapeute à son patient lui permettent de faire l’expérience d’un lien sécure. Et d’acquérir peu à peu un sentiment de sécurité intérieure. pastedGraphic.png

Etre en relation

Les adultes qui ont fait l’expérience d’un attachement secure ont tendance à faire confiance à leur partenaire et sont à l’aise avec l’intimité. Ils peuvent se montrer tels qu’ils sont et exprimer leurs émotions et leurs sentiments. Ils sont en capacité de reconnaître et d’exprimer ce qui ne va pas, d’accepter les conflits et peuvent trouver des solutions pour sortir d’une situation difficile.

Les adultes qui, comme Lætitia, ont développé un attachement anxieux ont des demandes affectives impossibles à combler par leur partenaire. Ils sont terrorisés à l’idée d’être abandonnés et remettent toujours en question les senti- ments de leur partenaire, auquel ils ont beaucoup de mal à faire confiance. Un simple événement peut remettre toute la relation en question.

Les adultes à l’attachement évitant ont un rejet de l’attachement et ne supportent pas la dépendance affective. Ils sont distants physiquement et/ou psychologiquement, et mettent en place un mécanisme de défense qui leur permet de désactiver les émotions trop douloureuses pour eux. Ils se protègent des expériences susceptibles de leur faire ressentir une détresse affective. Être en relation avec ces personnes est très compliqué car elles font tout pour qu’il n’y ait pas de lien.

amour et dépendance

Quelques exercices

Cet exercice va vous aider à exprimer votre peur de l'abandon et à entamer un dialogue avec votre enfant intérieur.

  1. Prenez un temps seul, de préférence tôt le matin ou le soir. Repensez à vous lorsque vous étiez enfant et souvenez-vous de vos peurs. Mettez-vous dans la peau de cet enfant et écrivez une lettre d’une dizaine de lignes à l’adulte que vous êtes aujourd’hui, en décrivant vos peurs. Poursuivez ensuite la lettre en demandant à cet enfant de décrire ses peurs (peur de l’abandon, de solitude, d’être à la rue, de ne pas être aimé, de vivre seul, etc.). Signez cette lettre en tant qu’enfant et mettez-la dans une enveloppe adressée à vous-même.
  2. Lisez cette lettre deux jours plus tard, en tant qu’adulte qui reçoit la lettre d’un enfant. Prenez une feuille et répondez en tant qu’adulte à cet enfant qui vous a exprimé ses peurs. Dites-lui que vous avez pris conscience de ses peurs et de sa souffrance, et que vous êtes là pour prendre soin de lui et l’aider à s’apaiser.
  3. Lisez cette lettre deux jours plus tard, en tant qu’enfant qui reçoit la lettre d’un adulte.
  4.  Visualisez-vous en train de prendre cet enfant sur vos épaules pour qu’il se laisse porter par vous. À chaque fois que vous ressentez cette peur de l’abandon, visualisez-vous en train de prendre cet enfant sur vos épaules. C’est un moyen d’apprendre à cet enfant qu’il a à ses côtés un adulte sur lequel il peut compter et qui possède des ressources.

« Il y a des fuites qui sauvent la vie : devant un serpent, un tigre, un meurtrier. Il en est qui la coûtent :
la fuite devant soi-même. »
Christiane Singer


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