Cabinet de Psychothérapie
Ondine Khayat
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Hypersensibilité : Comment vivre avec une hyperesthésie ?

L'hyperesthésie est une hypersensibilité d'un ou de plusieurs sens : le toucher, la vue, l’ouïe, le goût et l’odorat. On la retrouve couramment chez les personnes à Haut Potentiel. Mais de quoi s’agit-il exactement ?

L’Hyperesthésie dans tous les sens

L'hyperesthésie peut toucher tous les sens :

La vue : L’hyperesthésie visuelle va de pair avec un sens de l’observation aigu qui permet de percevoir de nombreux détails.

L'odorat : L'hyperesthésie olfactive permet de percevoir un large éventail d’odeurs. Si elle peut être un atout, cette capacité peut également se révéler très gênante.

L'ouïe : L'hyperesthésie auditive permet de percevoir des sons très divers. Certains bruits peuvent du coup être ressentis comme particulièrement agressifs.

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Le toucher : L'hyperesthésie tactile exacerbe la sensation du toucher, le rendant particulièrement intense. Certaines textures de vêtements par exemple, peuvent être insupportables.

Le goût : L'hyperesthésie gustative permet de distinguer tout un éventail de saveurs. A l’inverse, certains aliments trop forts peuvent provoquer une révulsion.

Une hypersensibilité sensorielle

L’hyperesthésie est une hypersensibilité sensorielle. Voici la définition qu’en donne le Larousse : accentuation de la sensibilité qui transforme certaines sensations (tactiles, thermiques) en sensations de douleur. Une personne hyperesthésique présente une perception sensorielle très  forte, qui peut se transformer en douleurs. Elle concernes un ou plusieurs sens, qui sont particulièrement développés. Certaines carences ou affections, ou encore le manque de sommeil, la consommation d’excitants etc. peuvent modifier momentanément ou durablement les perceptions et provoquer une hyperesthésie. L’hyperesthésie n’est pas une pathologie mais une caractéristique que l’on retrouve souvent chez les personnes à Haut Potentiel. Le Haut Potentiel Emotionnel est une forme de surdouance caractérisée par des aptitudes émotionnelles particulières, le Haut Potentiel Intellectuel une forme de douance associée à un QI très élevé.

Hyperesthésie, l’intensité au quotidien

Le fait d’avoir des sens très développés permet de ressentir intensément ce que l’on vit. Voir tous les détails d’un paysage, capter des odeurs diverses, entendre nettement les sons de la nature, laisser des saveurs multiples se déployer sur le palais, toucher diverses matières… Dans un environnement agréable, cette hyperesthésie est un atout car elle permet d’augmenter les sensations positives. L’intensité ressentie favorise le bien-être, la joie, la plénitude. Mais au quotidien, cette intensité sensorielle peut se révéler cauchemardesque. Percevoir des détails visuels laids, des odeurs nauséabondes, des saveurs fortes et déplaisantes, des bruits assourdissants et/ou répétitifs, des matières rugueuses…, se révèlent des expériences insupportables.

L’inhibition latente

L’inhibition latente, est un tri effectué automatiquement par le cerveau pour distinguer les stimulis sensoriels jugés utiles de ceux qui sont jugés inutiles ou familiers. Si vous marchez dans la rue et qu’un vélo fonce sur vous, votre cerveau jugera cette information très utile et vous la fixerez, alors que votre cerveau ne prêtera pas attention à la couleur du pull de la personne qui marche devant vous. Cette protection naturel du système sensoriel permet de filtrer les stimulations en annulant la perception des informations inutiles.

Les personnes hyperesthésiques ont un déficit de cette inhibition latente qui leur fait percevoir le moindre détail, souvent inutile de leur environnement. Leur cerveau ne fait pas de sélection entre ce qui est important et ce qui ne l’est pas. Tout est alors vu, perçu, ressenti, entendu senti, capté…, pour le meilleur ou pour le pire !

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Hyperesthésie : un exemple

Taline, l’héroïne de mon nouveau roman "Le parfum de l'exil" (Charleston),  est hyperesthésique, son odorat est particulièrement développé. Cette jeune femme de 37 ans créée des parfums dans l’entreprise de sa grand-mère Nona. Voici un extrait du livre, qui permet de comprendre la façon dont Taline ressent le monde.

« Taline tenta d’occuper son esprit avec le « jeu des odeurs ». Quand elle s’y adonnait, elle effectuait des mélanges au hasard dans sa tête et imaginait leur parfum. Chèvrefeuille, métal, pain au chocolat. Taline sentit leur odeur séparément, puis les associa et respira un parfum vif, sucré, ferreux. Elle poursuivit le jeu et se sentit rapidement apaisée. Rose, Amande, goudron… Colle, cendre, citron… Sa grand-mère le lui avait enseigné lorsqu’elle avait trois ou quatre ans et, depuis, elle n’avait jamais cessé d’y jouer. Nona avait très vite réalisé que sa petite-fille possédait un odorat exceptionnel, qu’elle était capable de garder en mémoire des centaines d’odeurs et de les restituer avec précision. »

Comment vivre avec une hyperesthésie ?

Lorsqu’on a une hyperesthésie, il est important de le savoir, pour ne pas ajouter à l’intensité de ses perceptions l’angoisse de ne pas les comprendre. La méditation et la relaxation sont bien entendu très utiles, de même qu’une alimentation équilibrée et un mode de vie sain. La consommation d’excitants est déconseillée car elle ajoute de la stimulation sensorielle. Il convient d’éviter au maximum d’ajouter des sources de stimulations à toutes celles qui sont de toutes façons présentes. Je propose à mes patients hyperesthésiques un certain nombre d’exercices pour les aider à apprivoiser leurs perceptions  sensorielles intenses. Car tout comme un musicien fait ses gammes, une personne hyperesthésie peut apprendre à entraîner ses sens. Identifier lequel ou lesquels de vos sens sont les plus développé, Savoir se concentrer sur vos sens, les isoler les uns des autres ou au contraire les mélanger, détourner l’attention d’un sens pour la porter sur un autre, baisser l’intensité de vos perceptions etc. L’hyperesthésie s’apprivoise pour qu’elle permette une expérience du monde augmentée et positive.

Exercice : Le jeu des odeurs

Je vous propose de jouer au jeu des odeurs. Lisez cet extrait du Parfum de l’exil et effectuez l’exercice. Cet extrait met en scène Taline, créatrice de parfums de 37 ans et Alice, petite fille de 9 ans.

« – Je peux t’apprendre un jeu, si tu veux, proposa Taline à Alice.

– Quel jeu ? s’exclama la fillette.

– Le jeu des odeurs. Tu y as déjà joué ?

– Jamais.

Taline lui prit les mains et lui demanda de fermer les yeux. 

– Pense à une odeur que tu aimes.

– Je te la dis ?

– Oui.

– La fraise.

– Comment est la fraise que tu sens ?

Alice réfléchit. 

– Sucrée, ronde, un peu acide.

– Une autre odeur maintenant.

– Le citron.

– À quoi ressemble-t-il ? l’interrogea Taline.

– Il pique.

– Concentre-toi dessus et laisse-le se répandre partout. Imagine que tu baignes dans le citron.

Taline observa la fillette. Elle se concentrait aisément, et montrait une grande application. Alice gardait les yeux fermés, envahie par la saveur piquante et fraîche du citron.

– Conserve-le et mélange-le avec la fraise.

La fillette suivit les indications de Taline. C’était difficile. Lorsqu’elle ajoutait la fraise, le citron disparaissait. Elle fit plusieurs tentatives. L’acidité était ensevelie par le sucre, les deux odeurs s’annulaient.

– Sens le citron longuement, puis la fraise. Revient au citron, retourne dans la fraise. Fais ces allers-retours plusieurs fois, jusqu’à ce que chacun d’eux soit précisément fixé dans ta mémoire. Passe de l’un à l’autre de plus en plus rapidement. Puis, retourne dans la fraise. Tu l’as ?

Alice hocha la tête. La fraise déployait enfin ses arômes.

– Ajoute le citron par petites touches, pour ne pas perdre la fraise.

Alice s’exécuta. Sa fraise se mélangeait au citron. Elle respirait une composition équilibrée, nouvelle. Le sucre et l’acidité se mariait désormais parfaitement. En observant le relâchement sur son visage, Taline sut qu’Alice avait réussi.

– Je vais maintenant te suggérer des odeurs, lui dit-elle, et tu vas les imaginer.

La petite fille hocha la tête.

– Pense au cuir. Peux-tu l'associer à un souvenir ?

– Je peux choisir l’odeur de la voiture neuve de mon père ?

– Absolument ! Entre dans la voiture de ton père et laisse l’odeur du cuir se déployer en toi.

Alice s’exécuta. Elle respirait le cuir, devenait lui.

– Laisse-le partir. Pense maintenant au caramel. Tu y arrives ?

La fillette hocha la tête, envahie par un caramel sucré, tendre, rassurant. 

– Éloigne-le un peu et accueille l’odeur de la mer.

Une rafale d’embruns et de sel, le cri des mouettes...

Taline se revit, plus jeune encore qu’Alice, jouer au jeu des odeurs avec Nona. Sa grand-mère lui avait transmis tant de choses... Taline emmena Alice sur la trace de senteurs inédites. Cuir, caramel, embruns… Lavande, terre, curry… Humidité, cire, rose… Elles fabriquèrent ensemble diverses senteurs, créant des univers olfactifs étranges et singuliers. Elles émergèrent de leurs songes odorants près de deux heures plus tard, lorsqu’elles furent appelées pour le dîner. L’émotion peinte sur le visage d’Alice lui rappela ce qu’elle éprouvait, enfant. La certitude d’avoir vécu un voyage extraordinaire dans de mystérieux parfums qui s’étaient laissés approcher. »

A vous de jouer !

"L'extrême sensibilité est la clé qui ouvre toutes les portes mais elle est chauffée à blanc et brûle la main qui la saisit." Christian Bobin


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